Carnets

Ces carnets d’écriture prennent racine dans mes expériences sur le terrain, mais ne s’y limitent pas. Ils se construisent à partir d’observations, de réflexions et d’un imaginaire ancré dans le vivant.

L’Herbier est une branche de ces carnets. Un lieu où les paysages, les plantes, les liens humains et les sensations continuent de pousser autrement. Vous cliquerai sur les images… Chaque dessin ouvre un texte.

🦋 Entrez dans mon herbier intérieur.

Famille végétale (juillet 2025)

Je cours après les fleurs qui me parlent et résonnent en moi. Ces tantes et cousines végétales que je ne rencontre qu’une seule fois par année. J’ai voulu retrouver la trille ondulée, ensuite l’iris des marais, puis le thé du Labrador, ce rhododendron blanc, fleurant tellement bon le pamplemousse, la noix de coco, la vanille.

Chaque saison est une maison aux fenêtres ouvertes sur un phénomène qui passe. En juillet, le bonheur commence avec les iris versicolores, étoiles bleu-mauve à trois branches déployées sur les ciels verts de leurs longues feuilles en épées. Combien de feux froids nous offrent-ils sur les bords du fleuve ? Le regard tressaille sous l’effet des pastels

C’est une fin de journée humide. Les hirondelles bicolores se chicanent avec les hirondelles à front blanc autour de la grève et au-dessus de nos têtes. On s’étire le cou pour voir leurs bedaines blanches ou avec un peu de rose-chamois. Quelques canards, deux limicoles et un grand héron se tiennent plus loin, s’alimentant ou se reposant dans l’eau. On plisse les yeux pour mieux les reconnaître.

Ma cousine Sylvette a ramassé des petites fraises toute la journée, sur son terrain, en pensant à sa mère qui était une cueilleuse acharnée. Pour préserver les petits fruits, elle a laissé l’herbe pousser (la tondeuse restée tout juin au cabanon).

En juillet, encore, une fois que l’été est bien entamé, il est tout aussi bon de savourer les feuilles tendres de la verdure en train de pousser. On goûte à la couleur et au sucré-salé des belles journées. Je pense surtout aux plantes de bord de mer : arroche, livèche, gesse. On dérobe des morceaux du paysage qui n’en est pas un, parce qu’on connecte de manière forte avec lui. La terre-mère entre en nous par nos petits pores de peau et par les plus grandes portes que sont nos bouches, nos yeux, nos oreilles, nos cœurs.

Nous vivons dans un cercle. Complètement avalés par le mouvement.

Mots-clés : mémoire familiale — botanique — généalogie élargie — perception sensorielle — écologie intime.

Le fleuve est un enfant immense.

Genevieve Amyot

Tu ne te lèves pas, Milena

Sur la Côte-Nord, la beauté cinglée de nos fous rires de fatigue se laissait caresser par nos journées entières passées dehors à cueillir des plantes. Le thé du Labrador produisait sur nous ses effets euphoriques.

Puis, dans un autre souffle, ramenées à l’abri dans la maison des Chevarie, la cérémonie chaude de nos corps raqués, décorés d’algues et de verges d’or venait toucher à la beauté sauvage de nos draps propres. Nous écoulions des rêves paisibles, fenêtre ouverte sur les déferlantes brillantes d’étoiles.

La rosée (de notre résidence) saupoudrait l’air de café et de pain frais.

Nous écorchions la lumière à grands coups de langue.

Tout ça, je l’écris maintenant — en essayant de capturer le frêle souvenir pâle qui flotte au-dessus de la craque du matin, de l’attiser dans le creux de mes paumes, sans le brûler, tandis que tu dors encore.

Mots-clés : l’amitié comme expérience écologique — soin du souvenir.

Le territoire ne s’arrête pas ici. Il pousse à son rythme.
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