Sève secrète

Déambuler dans le village
sous les pelures fines
d’averses d’été

chuintement liquide
vernis vert

Adresser des clins d’œil
aux plantes sauvages
qui résistent
près des trottoirs de bois

pétales en bouloches
mèches humectées
patine d’eau

Déplier une conversation
avec des touristes gallois
devant une salade d’orzo
à la boulangerie où l’on connecte
même dans les passages
en peluche
des habitués

craquement de pain
rires légers
vapeurs de soupe
café

M’arrêter
sur des chemins tranquilles
pour capturer
la beauté sucrée
des achillées
— les suspendre
têtes en bas dans l’habitacle

chemin de gravelle
pénombre de ma voiture
bercement

Entrer
dans les fossés de rangs
au milieu des épines

perdre pied
rosiers sauvages
clandestine

Piéger
la sève rose d’églantiers
en prévision des tisanes
d’hiver — à venir

sacs de papier
froissés — défroissés
peau piquée
sucrée

Couper les choux-fleurs
d’immortelles
avec la même douceur —
respectueuse
que celle avec laquelle
je laisse mon âme
s’emplir de gratitude —
comme un remède gratuit
trouvé là
où l’on sait qu’il peut être

planète
boucle
prière

Mots-clés :
carnet de l’été 2025 — pluie d’été — herboristerie douce — poésie botanique — cueillette sauvage — village québécois — poésie quotidienne — femme naturaliste — poésie du territoire — gratitude.